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Fiche pédagogique

N°28 - juillet/août 2010  

Des tâches pour… assurer en français 

Pour parler avec les mots d’aujourd’hui, suivez le guide !

Les apprenants de français langue étrangère s’aperçoivent très vite du décalage existant entre le français entendu en classe et le français parlé en France. Ils dénoncent souvent cet écart.
Ainsi, l’accès à de nouvelles formes de parole fait partie de l’horizon didactique actuel et correspond à une demande sociale et éducative. La langue française n’a pas changé mais les usages et les discours ordinaires évoluent et sont peu légitimés dans les pratiques de classe.
 En cours, les parlers vivants sont peu abordés par souci d’enseigner une langue de qualité. On imprime avant tout le parler standard, institutionnel et la variation linguistique paraît souvent dangereuse.
L’exploitation de fragments d’unités conversationnelles réelles permet d’aider l’apprenant à se représenter le discours du français parlé dans ses variations, dans ses richesses tel que le préconise le CECRL qui demande que l’apprenant soit « outillé » dans ce domaine aussi.

1 - En pratique à partir du niveau A2 : la tâche pourrait être « Je prépare mon dico branché »

1.1 La chasse aux expressions :

  • Les apprenants partent collecter auprès des Français se trouvant sur le campus, des expressions et des mots du nouvel argot des cités.
  • Bilan en cours avec compléments pour élargir le dictionnaire.
  • Activités par équipes de deux : au choix :
  • Une fille au pair « caillera » rencontre sa future mère d’accueil « BCBG ».
  • Une « caillera » vient s’asseoir sur un banc sur la Croisette et engage la conversation avec une mamie.

1.2 Les mots vivent :

Selon le lieu, la personne à laquelle on s’adresse, on aura recours à un registre de langue différent.

  • Demander aux apprenants de définir 3 registres de langue en français (par exemple le français soutenu, le français familier et le français des cités OU BIEN le français soutenu, le français standard et le français familier).
  • Trouver des phrases qui appartiennent à chaque registre.
  • Décliner la même phrase dans chacun des registres en indiquant le contexte et l’interlocuteur.
  • Etablir une comparaison avec leur langue. On peut inviter chacun à traduire les phrases ci-dessus dans sa langue.

On assiste à des glissements de sens. Certains mots prennent un sens nouveau.

- On peut à ce propos charger les apprenants de chercher les définitions courantes de « mortel », « grave », assurer », « craindre », « dégager », étonner », « bonjour », « délire », « géant », « enfer », « trop »… Ils peuvent ensuite mener une enquête auprès de Français ou sur Internet afin de trouver leur autre sens.

  • Chercher les abréviations (appart, pub, réduc…)
  • Chercher les sigles les plus courants en fonction des domaines tels que l’économie, les médias, le travail, l’administration (le PACS – le RMI – TGV – RATP – ANPE – CAF - RIB…) On peut imaginer un échange entre deux personnes qui ne parlent que par sigle OU BIEN une même phrase, cohérente et truffée de sigles.
  • On peut décliner les emprunts à d’autres langues (jet set – has-been – le must – les news – un hobby – un airbag – un leader – un loser – discount – tag  …). Sont-ils plus expressifs ? « Week-end » ou « congé de fin de semaine » ?

1.3 Les mots disent :

La façon de parler d’un locuteur peut donner des indications sur son origine sociale mais souvent, une même personne va s’exprimer volontairement de différentes manières selon la situation.

  • Demander aux apprenants d’imaginer des dialogues où la situation de communication détermine le registre.

Ex : une conversation dans un dîner d’affaires / entre copains.

1.4 Les mots sonnent :

- L’intonation est primordiale. On peut faire jouer les apprenants à exprimer de l’ironie ou encore à calquer le phraser des cités.

- L’absence du « ne » dans la négation est fréquente et donc à pratiquer.

- On peut imiter des sons avec les onomatopées. Il faudra donc en trouver un maximum.
Ex : crac, dring, pan, coucou, plouf, chut…

  • On peut exprimer une réaction avec des interjections. Il faudra donc en trouver un maximum.
  • Ex : Eh bien ! Hein ? Bof ! Miam Miam ! Beurk !...

On peut alors organiser un match de clowns où face à face, à une certaine distance, deux clowns se répondent avec des intentions différentes. A partir de là les spectateurs peuvent raconter l’histoire que cet échange leur a permis d’imaginer.

1.5 Le dico moche :

On met en commun toutes les ressources à disposition et on rédige ce dictionnaire que l’on peut imprimer et diffuser auprès des autres classes.

1.6 Autour du mot:

On demande aux apprenants
de choisir un mot familier ou vocabulaire des cités et de le présenter un peu comme on le ferait d’une personne : il est apparu en… il est de telle nationalité… il est issu de… il est masculin/féminin – il signifie…
d’expliquer leur choix, ce que ce mot évoque pour eux.

Ex : « La Zone »

2 – Les 10 mots qui nous relient :

www.dismoidixmots.culture.fr

On peut participer à la semaine de la langue française et de la francophonie
DU 10 AU 20 MARS 2011
« La prochaine édition mettra en valeur le rôle de la solidarité dans nos sociétés et l’apport que peut constituer une langue partagée pour la renforcer ». Xavier North - Délégué général à la langue française et aux langues de France.
Comme chaque année, 10 mots illustrent ce thème. Ils ont été choisis pour éveiller l’imagination et permettre à chacun de s’exprimer dans la discipline artistique de son choix :
ACCUEILLANT
AGAPES
AVEC
CHŒUR
COMPLICE
CORDEE
FIL
HARMONIEUSEMENT
MAIN
RESEAUTER

Vous pouvez aussi aller sur le site www.voyageaveclesmots.cndp.fr ou encore www.eduscol.education.fr où se trouve le règlement du concours des dix mots.

3 - Quelques éléments supports :

3.1 Autour du parler jeune :

Le «parler jeune des banlieues» n'est pas un langage dégradé du français qui aurait vocation à se généraliser à toute la société. Il relève d'un code interne à un milieu destiné à marquer provisoirement sa différence.
« Ma meuf, quand j'lui dis que j'sors avec des potes, elle bad-trippe grave. » Traduction : « Ma copine, quand je lui dis que je sors avec les copains, elle s'inquiète beaucoup. »
Tout le monde connaît désormais l'usage des mots « meuf » (femme, fille), « keuf » (flic), « keum » (mec), ou même les « remps » (parents). De même le superlatif « grave », qui peut signifier beaucoup, très (« Putain, tu me prends grave la tête ! »), mais peut aussi s'employer pour désigner une personne étrange ou bizarre, plutôt « zarbi » (« Il est grave ! »). Moins connue est l'expression « bad-tripper » qui signifie « flipper », c'est-à-dire angoisser (« Arrête ton bad-trip ! » qui veut dire « T'inquiète pas ! »).
Le « langage des cités » amuse, fascine et inquiète. Il amuse et fascine par son inventivité, sa drôlerie. Témoin : « Il est trop mystique le prof de français, il vient à l'école en vélo ! », le mot « mystique » désignant ici une personne au comportement étrange, différent, atypique (synonyme aussi de space, déjanté...) (1). Cet attrait pour l'exotisme du « parler jeune » explique le succès des dictionnaires de la cité (2), leur introduction folklorisante dans les émissions de télévision, leur usage décalé dans d'autres milieux (« Il est zarbi ce gars ! » entendu dans une salle de rédaction d'une revue de sciences humaines...). Il y aurait même certains linguistes qui idéaliseraient leur objet d'étude, comme le font parfois les ethnologues à l'égard des populations étudiées.
Mais le langage des cités inquiète aussi. On se soucie notamment de la pauvreté et de l'agressivité du vocabulaire employé (« Putain, y m'bat les couilles, ce bâtard », qui choque dans la bouche d'une adolescente de 13 ans). Certains défenseurs de la langue craignent que celle des cités n'en vienne à contaminer la langue française au point de l'appauvrir (les « Ça l'fait ! », « C'est ouf ! », « Putain ! » se sont largement diffusés et entrent peu à peu dans les dictionnaires). Enfin, certains craignent qu'une partie de la jeunesse en vienne à s'enfermer dans un ghetto linguistique. Qu'en est-il vraiment ?

3.2 Recherches autour du parler jeune :

La langue des cités ou du parler jeune est l'un des objets d'étude favoris de la sociolinguistique urbaine. Les premiers travaux ont été ceux de William Labov, l'un des fondateurs de la sociolinguistique. A la fin des années 60, il fut le premier à s'intéresser au langage argotique (le « slang ») des jeunes new-yorkais du Bronx et de Harlem. A l'époque déjà, on craignait que ce langage atteste d'un appauvrissement de la langue et soit pour les jeunes un handicap socioculturel insurmontable. W. Labov montra alors que le langage des quartiers new-yorkais ne saurait être tenu pour une déformation ou une simplification de l'anglo-américain « correct ». Les changements grammaticaux repérés étaient cohérents entre eux et attestaient d'une variation de la langue officielle et non d'un appauvrissement de l'anglais parlé au sud de Manhattan.
Par la suite, l'étude du « parler urbain » et de ses variations va connaître un essor important. C'est surtout le vocabulaire qui va faire l'objet des études des linguistes, notamment l'invention des nouveaux mots. Parmi les procédés de construction les plus courants, il y a le verlan qui consiste à inverser l'ordre des syllabes (caillera, keufs, feuj) de mots tronqués : on parle d'apocope lorsque la fin du mot est supprimée (assoc pour association) et d'aphérèse lorsque c'est le début qui disparaît (blème pour problème) ; autre procédé courant : l'emprunt aux langues étrangères, qu'il s'agisse de l'anglais (gun, sniffer, bitch qui signifie salope), de l'arabe (un kif), du vieil argot français (clope, sape). L'usage des métaphores est particulièrement prisé. Les seins deviennent ainsi des airbags et une très belle fille une bombe ou, par extension, une mururoa. Une fille peut aussi être désignée comme une belette, une rate, une gazelle, etc. La re-suffixation consiste à ajouter un suffixe transformant ainsi « con » en « connard » ou « connasse », « crad » en « crados »... On note aussi la réhabilitation de mots en voie de disparition comme « bouffon », « bâtard », le retour d'expressions désuètes et anciennes telles que « moyenner » qui veut dire négocier ou marchander (« J'ai moyenné un bon prix pour la mob. »). Parfois un mot « chic », comme « charmant », est introduit subrepticement (« Sa meuf, elle est grave charmante ! »).

3.3 Code secret :

On peut s'interroger sur les raisons qui poussent à la création de parlers spécifiques, de langages différents. Contre-culture ? Manifestation d'un jeu gratuit ? Affirmation de soi ? Création inconsciente d'un dialecte local ?
La plupart des spécialistes s'accordent à penser que le parler jeune n'est pas simplement un langage déformé et dévoyé du français ordinaire. Il fonctionne à la fois comme un code secret et une marque identitaire. Code secret : dans Les Céfrans parlent aux Français, deux jeunes enseignants de collège avaient proposé à leurs élèves de rédiger un dictionnaire des mots de la cité. Première réaction d'une élève : « Mais alors, nos parents, ils vont comprendre tout ce qu'on dit ? » La collégienne révélait ainsi que le parler jeune fonctionnait comme un code interne destiné à protéger certains secrets. Ce fut naguère le cas de l'argot, langue de marginaux qui cherchaient à se dissimuler. Le parler jeune permet de parler entre soi, à l'insu des parents, des professeurs, des policiers. Il permet de se moquer de quelqu'un dans le métro sans qu'il comprenne. C'est un jeu très pratiqué par les enfants dans les cours de récréation.
Il est aussi un marqueur identitaire : il vise à se distinguer. Au même titre que la façon de s'habiller, la façon de parler est une marque de distinction. De ce fait, lorsque certaines expressions se diffusent largement et deviennent courantes, elles sont remplacées par d'autres.
Le parler des cités relève donc comme un « we code », selon la formule du linguiste John J. Gumperz: il a pour fonction explicite de se distinguer du « they code » (le parler légitime). Mais le principe de différenciation s'efface vite dans la mesure où la ville entraîne une tendance à la rapide diffusion des innovations. Comme le notait Louis-Jean Calvet dans Les Voix de la ville, deux logiques inverses travaillent les parlers urbains : une tendance à la différenciation contrebalancée par une tendance à la normalisation. C'est d'ailleurs un processus général qui marque toutes les modes : dès qu'un signe original de distinction, établi pour se démarquer, a tendance à se diffuser (par mimétisme), il perd de son originalité ; ce signe une fois propagé, les initiateurs de la mode doivent inventer de nouveaux signes de démarcation. Voilà d'ailleurs pourquoi les inquiétudes sur la contamination de la langue dominante par le parler des cités sont infondées.
Certains linguistes parlent de « diglossie » pour caractériser la langue des jeunes. La diglossie, qui se distingue du multilinguisme, se manifeste par la coexistence de deux langues ayant chacune une fonction différente. On peut supposer que le parler jeune n'est utilisé qu'au sein d'un groupe de pairs, mais qu'ils savent s'en défaire dans d'autres contextes : le travail, l'école, la famille... On dit « mes parents » à l'école et « mes remps » avec les copains. A chaque lieu son langage. En faveur de cette diglossie, on peut remarquer que le parler jeune est justement propre à une génération et que, devenus adultes, les adolescents savent en général s'en défaire.
Mais, à l'inverse, certains linguistes s'inquiètent qu'à cause de la prégnance du parler jeune dans les cités, certains en viennent à ne plus savoir parler le français « correct ». Jean-Pierre Goudaillier, professeur à la Sorbonne et auteur de « Comment tu tchatches ! » craint quant à lui qu'une véritable fracture linguistique vienne se superpose à la fracture sociale et enferme les jeunes des cités dans une sorte de ghetto culturel.

4. La danse des mots :

Discussion autour des idées suivantes:

*Le «parler jeune des banlieues» n'est pas un langage dégradé du français. Il relève d'un code interne à un milieu destiné à marquer provisoirement sa différence.
*Le « langage des cités » amuse, fascine et inquiète.
*Le parler jeune n'est pas simplement un langage déformé et dévoyé du français ordinaire. Il fonctionne à la fois comme un code secret et une marque identitaire.

*Certains jeunes ne savent plus parler le français « correct ».



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